Viens, pour que tu sois Toi: extraits

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Aimer, c’est déclencher et entretenir dans le couple ce cercle vertueux par lequel le rayonnement de l’un va renforcer celui de l’autre et vice versa. Cela ne signifie nullement créer l’autre de toutes pièces ou lui consacrer la totalité de son énergie, mais l’amener au contraire à se révéler lui-même à lui-même. S’il y a création, elle est alors un « laisser être », un appel à naître. Mais cet objectif ne peut être atteint sans confiance, sans cette certitude que, quoi qu’il arrive, chacun agira toujours aussi en tenant compte du bien de l’autre. Etre plus sûr de soi parce que l’on est sûr de l’autre en quelque sorte (…) p.14

L’amour conjugal, comme une stalactite, se nourrit de la moindre parcelle de gratuité, goutte après goutte, avec la complicité du temps. Se donner totalement ne signifie donc pas aimer au-dessus de nos moyens humains ni au delà du possible ou de l’insupportable. Le don total n’acquiert sa plénitude que par son étalement dans le temps, dans l’histoire d’une vie conjugale (…) p.19-20

La grande illusion, c’est de croire que tant qu’on a l’amour peu importent les aléas de la relation, de la communication avec l’autre, et que tout ne peut qu’aller bien. Aimer en « roue libre » en quelque sorte en oubliant de pédaler, se contenter du vent de l’amour sans se soucier de manœuvrer les voiles à bon escient. Or l’amour n’existe, ne s’exprime, ne grandit, n’est vraiment opérant que dans cette relation. Il n’est pas qu’un simple concept ou un sentiment agréable. Il est élan, expansion vers l’autre. S’il ne se traduit pas dans la complicité d’une activité commune, d’un « agir de concert », s’il n’imprègne pas constamment de son projet, de sa ferveur, de son « je t’aime » les échanges concrets du couple, ou, pire encore, si celui-ci n’a pas pris la peine de tisser et d’entretenir un réseau minimum de communication, alors l’amour finit par dépérir. Et celui dans le cœur duquel s’accumule un tel amour non délivré, inabouti, est bientôt envahi d’un sentiment d’impuissance, d’incompréhension et de résignation. Cet indéfinissable mal-être n’est pas étranger à certains divorces apparemment inexplicables (…) p.34-35

Cette juste distance dans le couple, ce respect fécond de l’autre implique aussi que chacun puisse garder son jardin secret, où faire halte de temps en temps, où prendre le frais. Le mot « secret » ne fait référence ici à aucune dissimulation, mais souligne simplement l’inviolabilité de ce territoire intime. Car c’est l’endroit où je puis échapper un moment au regard de l’autre, où mon cœur ne bat que pour moi, où je puis me ressourcer, faire le point avec moi-même, me ressaisir, gérer mes contradictions, où je n’ai de comptes à rendre à personne, où je peux fouiller dans ma mémoire, entrouvrir la porte de mon inconscient, où je peux venir digérer mon vécu, évacuer mes déceptions et mes peines, amortir le choc d’une émotion ou d’un bouleversement comme la venue d’un enfant, mais aussi savourer mon bonheur, en conserver les plus belles pages, bâtir les projets les plus fous, renaître chaque jour à la vie. C’est aussi ma petite réserve d’oxygène pour les jours où mon couple vient à en manquer. Ce petit jardin, où pousse un peu n’importe quoi, où je puis rire ou pleurer comme cela me vient, joue un rôle important dans l’équilibre de la vie à deux en y ajoutant une élasticité, une respiration supplémentaire, et en abritant aussi cette part incommunicable, impartageable de nous-mêmes qui constitue le fond de notre identité. Il concourt à sa manière à ce que le tête-à-tête conjugal ne dégénère pas en face à face (…) p.38-39

Dans nos pays, une femme sur cinq reconnaît avoir subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie sentimentale. Il va de soi que ces actes sont la négation absolue et mortelle du couple. Mais, à côté de ces nombreuses agressions physiques souvent au centre de l’actualité, il y en a d’autres, plus insidieuses, moins visibles, dont nous ne sommes pas toujours conscients et qui par leur travail de sape finissent aussi par ébranler celui qui en est la cible. Parmi ces rapports de violence dans le couple entre un dominant et un dominé, il y a, par exemple, une façon étouffante, mutilante, destructrice, d’échanger avec l’autre, qui le prive systématiquement de son oxygène, qui l’empêche d’occuper sa place, d’être lui-même, qui le réduit peu à peu au silence, lui ôte son identité, le manipule à son gré, en fait sa « chose », voire son « œuvre ». Ce type de regard traverse l’autre sans s’y arrêter, il l’ignore, le réduit à une transparence. Le dominateur finit par confisquer tout le terrain du couple à son seul profit, par détourner à son seul avantage cette distance qui assure le respect de l’autre et par dénaturer l’espace de vie du couple en espace de mort.
Cette violence-là se dissimule dans les gestes, les attitudes, les paroles de tous les jours. S’adresser à l’autre de façon autoritaire ou méprisante, profiter de chaque échange dans le couple pour renforcer son ascendant sur lui, souligner ses erreurs, ses défauts, mais jamais ses qualités, décourager le dialogue, ne faire confiance à l’autre que pour des banalités, l’évincer par contre des grandes décisions, inculquer aux enfants une image dévalorisante de l’autre parent, sont autant de manières d’amoindrir le partenaire, de le confiner dans l’infériorité et l’exclusion. Ces comportements constituent souvent pour le dominateur une sorte de revanche ou au contraire de protection de son ego fragilisé par une blessure, une humiliation ou une frustration plus ancienne (…) p.42-43

Dialoguer, échanger, dans toute relation interpersonnelle, à plus forte raison dans le couple, c’est alternativement, d’une part, parler à l’autre, lui faire don de quelque chose, l’illuminer d’un regard, et, d’autre part, l’écouter, accueillir le don qu’il me fait, laisser son regard pénétrer dans mon propre regard. Parler, donner, regarder constituent le pôle masculin de la communication chez chacun d’entre nous, homme ou femme, écouter, recevoir, accepter le regard d’un autre son pôle féminin. Il est cependant bien plus difficile d’écouter, de recevoir, d’accepter, que l’inverse. Car cela revient à renoncer à la position dominante, plus confortable et rassurante de celui qui prend l’initiative, pour au contraire faire de la place à l’autre, faire droit à sa présence, m’abandonner en quelque sorte à lui, me laisser adopter par lui. Or me laisser vraiment adopter par un autre implique aussi que je lui fasse confiance, que je ne mette pas en doute la sincérité de sa parole, de son regard ou du don qu’il m’apporte. Le dialogue, l’échange dans le couple repose donc finalement sur une exigence de loyauté, sur une confiance mutuelle totale et fidèle (…)
Ainsi la parole, le don, le regard de l’être aimé n’existent que par l’accueil et la confiance qui leur sont réservés et qui concrétisent la relation. Il n’y a pas de don quel qu’il soit sans abandon à ce don, sans acceptation de ce don (…) p.48-51

Cette disponibilité à écouter, à recevoir, donne aussi l’occasion à l’autre de se sentir reconnu pour ce qu’il dit, pour ce qu’il donne, pour ce qu’il est dans son altérité et sa singularité mêmes. La reconnaissance n’est pas seulement un mot à la mode. Elle est l’exigence la plus profonde de tout être humain. Elle est l’inverse de l’exclusion. Parler, donner, même avec générosité, ne me dispense donc jamais d’écouter, de recevoir (…)
Aimer sans laisser à l’autre le moyen de faire entendre son propre amour mais aussi sa propre personnalité, sa propre sensibilité, c’est doublement mal aimer. Combien d’hommes et de femmes ne se sont-ils pas retrouvés un jour abandonnés pour cette raison, sans rien comprendre, sans rien avoir vu venir, en toute bonne foi. Combien d’autres ne sont-ils pas partis croyant ne plus être aimés ni reconnus, alors qu’ils souffraient tout simplement eux-mêmes d’une difficulté à écouter et à accueillir l’amour qui leur était destiné et avaient de ce fait dissuadé les élans amoureux et les capacités d’écoute de l’autre. Aimer, pourrait-on dire en caricaturant à peine, est presque à la portée de tous, mais savoir se laisser aimer est la pierre d’angle, le secret, que l’on met tant de temps à découvrir et qui est tout autre chose que simplement se savoir aimé (…) p.53-54

Comment rétablir la communication (…) ? Nous aurions peut-être pu éviter la panne en en parlant plus tôt, en exprimant chacun notre manque, notre blessure, notre souffrance. Pourquoi ne l’avons-nous pas osé ? Il y a bien des raisons à cela. Une trop grande pudeur ou au contraire l’orgueil, qui nous empêche de parler le premier. La peur aussi. Comment l’autre le prendra-t-il ? N’allons-nous pas le faire souffrir ? Avons-nous réellement une chance d’être entendus ? La situation ne sera-t-elle pas pire après ? Ne sommes-nous pas tous deux un peu responsables de ce blocage ? Ne serait-ce pas remettre trop de choses en question, exhumer d’autres malentendus ? Jusqu’où cela peut-il nous mener ? En tirant sur le fil, n’est-ce pas tout le passé de notre couple qui risque de se détricoter ? Et puis il y a les enfants à épargner. Peut-être les choses s’arrangeront-elles d’elles-mêmes. Ou peut-être ne peuvent-elles déjà plus s’arranger. Alors pourquoi parler ? De toute façon, ce n’est pas le moment, ce ne sera jamais le moment. Comment sortir de cette impasse ? (…) p.61

Tout être humain n’existe que dans et par ses relations présentes et passées avec les autres. Son identité ne se réduit donc pas à une simple définition fermée. Chacun s’inscrit dans un réseau fait d’une foule de liens et d’influences extérieurs acceptés ou rejetés, derrière lesquels on trouve les parents, la famille ou les familles recomposées, les camarades d’études, les maîtres qui nous ont formés, les amis, nos idoles, tous ceux que notre travail, notre milieu, notre culture, voire notre religion nous ont amenés à fréquenter, ceux qui nous ont fait du bien et que nous aimons comme ceux qui nous ont fait souffrir et que nous évitons, en un mot tous ceux par rapport auxquels nous avons eu à nous déterminer dans la vie de façon positive ou négative. C’est inhérent à notre condition humaine. Mais lorsque nous nous marions, nous débarquons aussi avec dans nos bagages tout ce petit peuple de personnages qui s’invitent bien malgré eux et bien malgré nous dans le couple et qui vont s’introduire dans nos conversations, dans l’évocation de nos souvenirs, nous servir de modèles, de références ou de repoussoirs, ou encore être pris à témoin et qui quelquefois vont franchir physiquement le seuil de la maison ! Le partenaire en a aussi ses valises pleines et chacun sera fatalement amené à se prononcer sur les petits personnages de l’autre. La vie en couple impose de se débrouiller avec cette situation et de la gérer en respectant nos références réciproques. Ce respect mutuel peut même déboucher sur une meilleure compréhension de l’autre (…) p.95-96

Répondre à l’autre par des monosyllabes ou avec impatience ou condescendance, lui couper la parole, répondre ou achever ses phrases à sa place, répliquer systématiquement à une question par une autre question, lui opposer une phrase du genre « si tu n’es pas d’accord alors fais-le toi-même », s’exprimer par des raisonnements bétonnés, qui ne se laissent plus remettre facilement en question sauf à devoir en démonter longuement le mécanisme, toutes ces façons de parler ne motivent pas l’interlocuteur, ne l’engagent pas à poursuivre l’échange, mais le congédient et le rendent à chaque fois plus étranger. Dissimuler dans ses phrases des petites attaques personnelles ou des allusions moqueuses ou blessantes n’invitent pas davantage au dialogue, pas plus qu’enfermer l’autre dans un stéréotype réducteur comme sa profession ou son origine sociale, familiale, raciale, ou encore ses convictions philosophiques ou religieuses et chercher à y voir la cause ou l’explication de tout. Il y a aussi les fausses questions qui ne sont que des prétextes pour monologuer ou s’attirer la pitié ou les compliments. Il y a ceux qui ne posent que des questions ciblées, fermés, réduites à leur strict objet, des questions qui n’accordent qu’un minimum d’espace à la réponse, alors qu’il est aussi important de poser des questions plus larges, plus ouvertes dans leur formulation, qui laissent à l’interlocuteur une marge de liberté pour s’exprimer, pour dépasser éventuellement la question ou réorienter la discussion. Il y a ceux encore qui ne posent aucune question, mais noient les autres sous un déluge de sons parce qu’ils ne savent pas ou n’osent pas écouter, de peur d’être déstabilisés dans leurs certitudes ou de laisser transparaître leur fragilité. Le choix des mots n’est pas innocent non plus et peut véhiculer, si on n’y prend garde, des nuances malvenues, de même que la voix si l’on hausse le ton ou adopte un ton cassant ou définitif. Rien de tout cela n’est vraiment mortel en soi pour le couple, mais tout peut le devenir s’il n’y a pas autre chose pour le compenser. Ce sont malgré tout des fausses notes, des petits courants d’air, des fins de non-recevoir. L’espace sonore, comme l’espace physique, est limité et chacun des partenaires doit se sentir invité par l’autre à y tenir sa place. Pourquoi ne pas se dire plus souvent : « Et toi comment vas-tu ? » « Et toi qu’en penses-tu ? » (…) p.115-117

Beaucoup de femmes sont prêtes à tout accepter, à tout surmonter pour redonner un sens à leur vie. Près de soixante-dix pour cent des divorces en France sont demandés par des femmes, les unes pour des motifs graves et précis, d’autres davantage pour une question d’authenticité, de qualité de vie. On pourrait résumer l’état d’esprit de ces dernières en imaginant cette lettre aux accents d’une dernière valse triste, laissée sur une table en quittant :
« Nous n’avons pas pu faire fleurir quelque chose ensemble. Nous n’avons pas su décoller. Nous avons pourtant joué notre rôle. Nous avons cru faire notre devoir. C’est raté. Il n’y a pas de quoi applaudir. Il n’y a rien à faire. Devons-nous attendre dans la grisaille jusqu’à la mort ? Notre couple est mort. Peut-être était-il mort-né. Qui de nous deux est coupable d’avoir gâché ta vie, d’avoir gâché ma vie ? Je ne veux plus le savoir. Je ne veux plus en entendre parler. Je veux fuir tout cela. Je veux renaître, boire à nouveau à la source claire de l’amour. Je veux tourner la page. Je n’ai plus envie de me battre. Je n’ai plus la force d’apprendre à redire « je t’aime » à qui j’ai cessé de le dire. Je n’ai plus le courage de rouvrir notre passé. Je veux recommencer à zéro. Je n’ose même pas dire que je garderai toujours le souvenir des moments les plus merveilleux de notre couple, puisque je pars en espérant en connaître de meilleurs. Je n’ai rien à te reprocher ou bien nous avons tout à nous reprocher. Beaucoup de couples meurent de n’avoir pas vécu vraiment. Difficile amour. » (…)
Beaucoup de lettres de ce type recouvrent davantage une fuite devant une situation ressentie comme insupportable et inextricable plutôt qu’un départ pour un nouveau destin bien concret. Elles peuvent être lues à plusieurs niveaux (…) p.140-142

Pourquoi finalement nous sommes-nous séparés ? Pourquoi ces rendez-vous manqués ? Celui qui quitte ne se fuit-il pas un peu lui-même ? Qu’attendions-nous l’un de l’autre ? Quels furent nos désirs et nos besoins respectifs ? Où pensions-nous trouver nos points de rencontre ? N’avions-nous pas forcé l’autre à une proximité qui n’était pas la sienne ? Quels furent nos résistances, nos blocages, nos incapacités d’aimer ? Chacun était-il suffisamment attentif non seulement à aimer l’autre, mais à se laisser aimer par lui ? Avions-nous su accepter ce qui venait de lui et nous en enrichir ? Car il n’y a pas de don véritable sans acceptation de ce don. Avions-nous pris soin aussi de nettoyer régulièrement nos yeux de cette poussière d’indifférence qui tend à s’y accumuler, pour mieux regarder l’autre comme pour la première fois et nous laisser éblouir par lui dans toute la lumière de son altérité ? Toutes les questions ne trouveront pas de réponse. Probablement ne saurons-nous jamais qui des deux a entraîné l’autre sur le terrain savonneux du désamour. Un faux pas en amène si vite un autre et nous voilà déjà trébuchant ensemble (…) p.144-145

A la base d’un couple solide existe toujours une immense attente réciproque, une espérance infinie. Car chacun a renoncé à d’autres choix de vie, à d’autres rêves, et a peut-être dû surmonter des obstacles pour associer son destin à celui de l’autre, et il serait dès lors judicieux de se poser de temps à autre la question : Ai-je été et suis-je encore à la hauteur de ces espérances et de ce voyage qu’a entrepris l’autre pour venir me rejoindre ? Chacun a-t-il fait en sorte que l’autre se sente toujours « attendu » comme aux premiers jours ? (p.181)

La cohésion du couple de demain reposera non plus sur la dissuasion de ses forces centrifuges, de ses velléités ou de ses menaces d’éclatement, mais sur une plus forte attraction et une plus grande séduction internes, sur une manière plus adulte d’aimer. Les conjoints attacheront plus d’importance à la confiance, à l’altérité, au respect et à la reconnaissance mutuelle et seront plus consciemment soudés autour d’un projet à long terme, créateur de valeur pour chacun, avec la complicité retrouvée du temps. Leurs rapports seront plus clairs, plus vrais, plus sincères. L’hypocrisie sera leur bête noire, plus encore qu’une infidélité passagère qui, comme le suggère Roger Garaudy, est parfois une fidélité de l’autre à lui-même, à un besoin de plus d’authenticité où nous avons l’un et l’autre notre part de responsabilité. Ils seront plus attentifs à saisir les petits bonheurs de la vie quotidienne, mais aussi à dépister à temps les petits disfonctionnements du couple dont la répétition fait mal et le met en danger. Ils n’hésiteront pas à se concerter et à se recentrer régulièrement sur leur projet de couple, à en repenser la répartition des rôles et des charges surtout s’il y a des enfants. Cette lucidité, ils la devront à l’importance toujours croissante de la psychologie, qui aura aussi permis à des principes moraux trop abstraits de s’humaniser dans une approche plus concrète de la nature humaine. Cela ne signifie pas qu’il faille vivre dorénavant son couple dans l’obsession d’un contrôle ou d’un autocontrôle psychologique permanent, dans le « vertige sans fin du commentaire » (Pascal Brückner). Le plus sûr moyen de tomber dans l’escalier, c’est de regarder le mouvement de ses pieds. L’amour en marche coule de source. Il ne faut pas se priver de ce merveilleux vécu intérieur. A l’objectiver trop, on risque d’en interrompre le charme ou d’adopter une position dominante dans son couple. On parlera donc plutôt d’une vigilance discrète et humble.
Quant au mariage lui-même en tant qu’institution, son avenir est loin d’être compromis, débarrassé qu’il sera cette fois de son étiquette conformiste puisque divorcer ne présentera plus de difficultés. Refuser le mariage pour rester vrai, pour ne pas se démobiliser, n’aura plus de sens. Il redeviendra au contraire cette occasion de proclamer publiquement l’engagement de notre liberté dans un projet fort pour le couple et apparaîtra davantage comme un acte de responsabilité, de loyauté et de lucidité, comme un choix profond plutôt que comme une tradition (…) p.188-189